L’abattoir : là où la mise à mort dévoile le vivant

L’abattoir : là où la mise à mort dévoile le vivant

octobre 2015

Crise chez les éleveurs, crise du sens de l’élevage ; le développement unilatéralement économique de l’élevage, qui conduit aux mille vaches, aux six cent truies, et autres obésités agricoles, arrive au bout de sa logique : produire à bas prix veut dire à bas coûts, veut dire à coups bas.

-  Coups bas pour les éleveurs qui ont adopté la démarche, sont les courroies de transmission d’un « système », mi- collaborateurs, mi- victimes. Produire plus parce que les marges se resserrent, avec des investissements élevés, pour des marges qui finalement s’effacent, n’existent plus.

-  Coups bas pour les consommateurs qui voient leurs assiettes garnies abondamment d’une viande qui ne nourrit plus.

-  Coups bas pour les animaux pour qui la politique concentrationnaire est synonyme de mal-être, de mépris.

Les industriels eux-mêmes que ce soit dans la chaîne de production ou dans la distribution sont prisonniers de leur propre jeu pour honorer des lois soit disant réalistes de l’offre et la demande, et satisfaire des actionnaires dont on se demande si ils remplissent leurs assiettes avec ce qu’ils contribuent à produire.

Basé sur le rejet vigoureux de ce système, les mouvements anti-viande se développent. La consommation de viande devient honteuse, les éleveurs sont montrés du doigt, sans discernement sur qui élève, et comment, et sur qui est l’animal élevé, et quel rapport il entretient avec son environnement, humain et naturel…

La vraie question est justement celle de la place de l’animal dans nos paysages, et si place il y a, c’est parce que les animaux sont des compagnons qui méritent considération.

Leur seule considération économique conduit à leur disparition : chez les éleveurs intensifs, il va falloir arrêter parce que les prix ne permettent plus de maintenir à flot la pratique concentrationnaire. Et l’Etat ne pourra pas renflouer longtemps ce système moribond (règles européennes, et prise de conscience des citoyens…). Certains dans la filière viande auront fait des bénéfices jusqu’au bout, mais se retrouveront finalement sans marchandise à travailler, à distribuer…

Juste reconsidérer le rapport entre l’homme et l’animal, s’intéresser à cette collaboration millénaire qui a façonné la campagne, qui a fertilisé nos terroirs, c’est se demander comment les besoins humains trouvent satisfaction. C’est se demander où est la réciprocité dans ce rapport. Elever un animal, c’est une expression qui a du poids, car cela induit un « geste » qui demande à l’homme de voir en l’animal un compagnon à qui on demande, mais aussi à qui on donne. On prélève, mais on prend soin. On intervient dans une évolution qu’on accompagne en réciprocité. La sélection qui a conduit à des races adaptées à des régions particulières, s’est faite en considération d’une nature reliée à son environnement, une adaptation dont on peut supposer l’agrément réciproque qu’elle induit.

Des vaches qui ne peuvent plus mettre bas en conséquence de sélection unilatérale, et sont systématiquement soumises à césariennes, des cochons dont le ventre racle la terre, sont des évolutions qui posent question sur ce bien être et ces réciprocités. Si on ajoute des pratiques devenues banales d’ablation de cornes, de queues, de dents, de becs, bref d’appendices « gênants » pour la productivité, qu’on imagine des races « améliorées » pour supporter des conditions a-terroirs et universellement bétonnées, alors on est face à un abandon de ce soin en réciprocité pour juste adopter des techniques de performance.

Et aux confins de ce basculement de l’animal-compagnon à l’animal-marchandise, il y a les abattoirs ; là où la chair devient viande. Un lieu de passage qui a eu son évolution. Central et à la vue de tous au sein des villes autrefois, il a tout d’abord été relégué en périphérie lorsque la division du travail s’est accentuée, et lorsque une certaine idée de l’hygiène collective a progressé. Les flux se sont alors organisés au sein des agglomérations, et entre ville et campagne.

Aujourd’hui, il y aussi une crise des abattoirs : trop « petits » pour supporter les charges, investissements à faire pour accueillir davantage de bétail, rationalisation des chaine pour accélérer les cadences, normes européennes, bref les causes mises en avant sont nombreuses ; la proximité pratique tend à disparaitre, la concentration se profile ; la distance et le monopole sont, comme en économie, facteurs d’opacité. Phénomène sans doute français puisque outre Rhin de petits abattoirs existent et vivent – avec des normes européennes aussi- favorisant des activités par vallées (Forêt Noire par ex), d’autres sont mobiles, se déplaçant vers les lieux d’élevage…

Plusieurs initiatives en France sont en cours de réflexion et de réalisations pour que l’abattoir soit un outil au service d’une filière qui prend en compte la proximité, la transparence, le bien-être animal.

Si la motivation est souvent le fait accompli et la nécessité de maintenir des outils de travail, ces expériences sont l’occasion de poser la question simple de savoir ce que l’on veut servir comme filière, comme élevage, comme relations entre les hommes, comme lien à l’animal. Au-delà du principe de rentabilité unilatérale qui pousse à la négation du vivant et à l’absurdité, comment intégrer dès le départ des valeurs fortes qui sont tenues et partagées entre gens de la filière, qui prennent en considération l’animal, le consommateur, l’éleveur, le boucher, le personnel de l’abattoir, le vétérinaire, le distributeur, le commerçant… Pour des réalisations pratiques et économiques avec un protocole d’abattage respectueux de ces valeurs.

C’est comme si l’abattoir devenait un sujet d’intérêt pour tous, après avoir été relégué et l’affaire de quelques-uns. Un lieu opaque et déserté à transformer en lieu « sacré », où ce qui s’y passe s’éclaire, par un rituel élaboré ensemble. L’abattoir peut devenir fédérateur d’un sens commun, d’une conscience, d’une responsabilité collective. Assumer cette charge, c’est se réapproprier un destin commun entre hommes et entre hommes et animaux ; c’est pleinement économique, pleinement social, pleinement en lien avec le vivant.

Une rencontre d’acteurs de la filière aura lieu les 17 et 18 décembre 2015 à Bourgueil (41). Là une SCIC (une forme juridique qui implique plusieurs collèges) porte la reprise puis la construction nouvelle d’un abattoir, au service d’une économie de territoire.

Si vous souhaitez participer, voyez l’invitation ci-dessous.

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invitation
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inscription

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